La traversée des émotions sombres 2

Publié par le 10 novembre 2018 | 1 commentaire

La traversée des émotions sombres 2
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Un guide pour la traversée

Nous avons terminé le premier article La traversée des émotions sombres 1 en nous demandant comment élargir cette trouée qui laisse à peine passer un filet de lumière et ainsi mettre fin à ce sentiment d’être enfermé dans les sillons des émotions sombres.

Nous disions aussi que la sortie de ce labyrinthe demande de la persévérance et un effort de discernement. Voyons comment :

 

Apprivoiser la puissance des ces émotions

Premièrement, il s’agit d’apprivoiser la puissance des ces émotions, de connaître leur genèse, de comprendre de quelles manières elles s’infiltrent dans la vie de tous les jours et reconnaître leur impact pour notre devenir personnel et collectif. Carl Gustav Jung, le célèbre psychiatre zurichois enseignait que l’émotion est la source première de tout devenir conscient. Sans elle, disait-il, « […] il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement⁠1. » Ce n’est pas en demeurant à la surface de ces eaux ténébreuses que nous trouverons la lumière, mais en plongeant en profondeur malgré l’opacité peu invitante.

Le sésame

Deuxièmement, le sésame se cache dans l’écoute véritable de ces émotions ombrantes. Cette prise de conscience vient avec la maîtrise de son monde intérieur. Nous y rencontrons un peuple composé de démons, de chimères et de dragons, images de notre enfance certes, mais également images de nos projections que nous devrons nous réapproprier afin qu’elles perdent leur emprise sur nous. Lorsque ces ombres se manifestent, c’est qu’elles ont besoin d’être entendues. Elles attendent notre secours pour se transformer en princes et en princesses.

Dans cette écoute, nous faisons aussi la rencontre heureuse des gardiens de la vie, ces protecteurs qui ont toujours été présents et qui patiemment attendent aussi d’être accueillis. Ces anges ne s’imposent pas, ils ne forcent rien, ce sont les vigiles oubliés de l’ombre qui se tiennent près de nous dans les moments d’épreuves.

Renversement : Et si je faisais de ma vulnérabilité, ma force ?

Sonnez les cloches qui peuvent encore sonner
Oubliez vos offrandes parfaites
Il y a une fissure en touche chose
C’est ainsi qu’entre la lumière.
Anthem, Leonard Cohen

La traversée des émotions sombres est une rencontre avec la fragilisation qui nous habite, mais également avec la puissance de la résilience qui nous fait gravir les montagnes. Cette traversée est un travail de psychosynthèse où l’accueil de notre vulnérabilité et la reconnaissance de nos forces permettent une fois réunies, une plus grande unification de notre être. 

Les visiteurs de la nuit

C’est au milieu de cette nuit sombre qui côtoie les grandes noirceurs que nous rendent visite ceux qui ont traversé avant nous ces périodes obscures. Par leurs veilles confiantes offertes en prières, leurs présences traversent le temps et l’espace jusqu’à nous. Ces présences bienveillantes et protectrices font reculer la nuit et entretiennent la promesse d’une aurore. Mais savons-nous les recevoir ? Avons-nous conscience de cette bienveillance qui nous est adressée personnellement en ces moments.

C’est au plus fort de ces nuits que cette grâce de la délivrance survient, quand l’espérance est sur le point de s’éteindre et que la résignation guette le veilleur. Telle une certitude venue d’un ailleurs visité lors de ces périodes sombres, les paroles de Catherine Chalier viennent combler la béance de ces nuits.

«Quand le désespoir grandit, comment penser qu’un acte (parole ou pensée) venu d’un lointain passé vous soit destiné, telle une indéfectible promesse de clarté, malgré la nuit? … Il existe un lien caché dans le clair-obscur du psychisme, un lien qui ne souffre pas la grande lumière du jour, entre la grâce reçue — amour, libération — et le comportement de telle ou telle personne qui, jadis, a posé des actes dont la force n’est pas éteinte et qui, soudain, peut éclairer le présent et sa nuit. C’est aussi l’un des sens de cette idée, troublante aux yeux de l’individualisme moderne, selon laquelle le “mérite” (zékhout) de certains ancêtres n’est pas perdu avec leur mort. Les conséquences de ce “mérite” — c’est-à-dire de ce qui est toujours au-delà de ce qu’on est en droit d’attendre de quelqu’un, en fonction de circonstances données — bénéficient à d’autres, parfois longtemps après, de façon imprévue et graciante. Ce léger décalage, cet au-delà du strict devoir en quoi consiste le mérite, serait une part d’amour et de grâce, une part appelée à grandir encore pour éclairer ceux qui, quelque part dans la nuit, sont sur le point de se résigner, voire de succomber⁠2.»

La promesse d’une aube heureuse

Arrêtons-nous un instant sur ces mots remplis de sagesse. Nous poursuivrons lors du prochain article cette brève introduction de ce chapitre sur la traversée des émotions sombres.

1 C.C.Jung. Psychological Aspects of  the Modern Archetype.

2 Chalier, Catherine. La nuit, le jour. Au diapason de la création. Paris, Seuil, 2009, 250p., p.57-58.

Crédits photo : Nico – Unplash

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1 Commentaire

  1. Merci pour ce partage. En effet le voyage le plus important est celui que l’on fait en soi-même. Ne pas se rêver, mais se co-nnaître, se mettre au monde.

    En fait rien de ce qui est humainn ne m’est étranger. Ce constat est à la fois porteur d’espoir mais aussi un appel à la vigilance. Tout est là, le saint et le monstre, mais c’est à moi de choisir ce que je nourrirai.

    « Connais- toi toi-même et tu connaîtra, l’univers et les dieux. » Socrate

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